Événements

TDAH : Mieux comprendre son propre fonctionnement, celui d’un proche ou d’un.e collègue

Le trouble du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité est un trouble touchant les fonctions exécutives du cerveau.

Trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité : symptômes, fonctionnement du cerveau et accompagnement multimodal

Vous connaissez peut-être cette sensation.

Être parfaitement capable de gérer une situation complexe, tout en repoussant depuis plusieurs jours une tâche pourtant simple.

Oublier un rendez-vous malgré plusieurs rappels.

Passer d’une concentration exceptionnelle sur un sujet passionnant à une incapacité presque totale à commencer une tâche administrative.

Se sentir constamment en train de courir après le temps.

Ou encore terminer une journée complètement épuisé.e, sans comprendre pourquoi des tâches qui semblaient simples ont demandé autant d’énergie.

Pendant longtemps, ces difficultés ont été interprétées comme un manque d’organisation, de rigueur ou de motivation.

Aujourd’hui, les neurosciences permettent d’apporter un autre éclairage.

Un trouble qui demande à être mieux compris

Certaines difficultés du quotidien peuvent s’inscrire dans un fonctionnement particulier du cerveau : le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Il peut se traduire par une impression récurrente de décalage :

  • difficulté à démarrer des tâches simples
  • difficulté à aller au bout d’un projet
  • sentiment d’être rapidement submergé par l’organisation quotidienne
  • alternance entre hyperfocalisation et dispersion

Certaines personnes décrivent également une sensation d’être « éparpillées », une tendance à procrastiner de manière récurrente, ou encore une agitation intérieure permanente qui rend difficile le fait de simplement “ne rien faire”.

D’autres peuvent, à l’inverse, se sentir rapidement épuisées par des tâches du quotidien qui semblent simples pour leur entourage.

Ces expériences peuvent avoir des origines multiples. Cependant, dans certains cas, elles peuvent être liées à un fonctionnement neurodéveloppemental spécifique : le TDAH.

Réduire ce fonctionnement à une simple difficulté de concentration serait simpliste et réducteur. Il s’agit d’une manière différente de traiter l’information, de réguler l’attention, de mobiliser l’énergie cognitive et de moduler les émotions.

Cet article a pour objectif de proposer une compréhension claire, accessible et fondée sur les données scientifiques actuelles.


Un fonctionnement neurobiologique particulier

Le TDAH est présent dès l’enfance et les manifestations apparaissent généralement avant l’âge de 12 ans.

Les connaissances scientifiques montrent qu’il est associé à un fonctionnement particulier de certains réseaux cérébraux et des systèmes de neurotransmission, notamment ceux impliquant la dopamine et la noradrénaline.

Les principales régions concernées participent à :

  • l’attention
  • la planification
  • l’organisation
  • la mémoire de travail
  • l’inhibition de certaines réponses automatiques
  • l’initiation de l’action
  • la régulation des émotions

Il ne s’agit donc pas d’un manque d’intelligence ou de motivation, mais d’une manière différente pour le cerveau de mobiliser ses ressources.

Pourquoi certaines tâches semblent-elles si difficile ?

L’une des particularités du TDAH réside dans la manière dont le cerveau régule la motivation.

Lorsque la tâche présente un intérêt important, un défi, une nouveauté ou une échéance très proche, il peut devenir extrêmement performant.

À l’inverse, une tâche pourtant simple, mais peu stimulante, peut sembler difficile à initier.

Ce contraste est souvent difficile à comprendre, autant pour la personne concernée que pour son entourage.

Pourtant, il constitue l’une des caractéristiques les plus fréquemment décrites dans le TDAH.


Des manifestations qui dépassent largement l’attention

Les difficultés ne se limitent pas à « ne pas se concentrer » et le terme de « déficit de l’attention » est parfois trompeur. On pourrait parler plutôt de dysrégulation attentionnelle et émotionnelle. Le TDAH concerne également les fonctions exécutives, les chefs d’orchestres du cerveau.

Ces fonctions permettent notamment de :

  • planifier une action
  • organiser les informations
  • gérer plusieurs tâches
  • estimer le temps
  • maintenir une information en mémoire
  • passer d’une tâche à une autre
  • inhiber certaines distractions

Lorsque ces fonctions demandent davantage d’efforts, le quotidien peut devenir particulièrement énergivore. On observe souvent une combinaison de plusieurs éléments :

  • difficulté à initier une action, même importante
  • tendance à repousser certaines tâches malgré la volonté de les faire
  • fluctuations importantes de l’attention selon l’intérêt
  • oublis parfois fréquents dans la vie quotidienne
  • difficulté à estimer le temps (distorsion temporelle)
  • charge mentale élevée liée à l’organisation
  • intensité émotionnelle élevée et rapide, parfois difficile à réguler
  • fatigue cognitive en fin de journée

Ces manifestations ne sont pas constantes ni identiques d’une personne à l’autre. Elles dépendent du contexte, du niveau de stress, de l’environnement et de la charge mentale.

Le TDAH à l’âge adulte : une réalité souvent méconnue et chez la femme encore plus

Chez l’adulte, les manifestations sont souvent différentes de celles observées chez l’enfant. Elles se manifestent davantage par :

  • agitation interne
  • surcharge mentale
  • désorganisation persistante
  • difficultés de priorisation
  • fatigue liée aux efforts de compensation
  • Oublis

Chez les femmes, les symptômes passent encore souvent inaperçus. Les stratégies développées au fil des années permettent parfois de masquer les difficultés, retardant ainsi le diagnostic. Certaines périodes de vie, comme la grossesse, le post-partum, la périménopause ou la ménopause, peuvent également modifier l’expression des symptômes en raison des variations hormonales qui influencent notamment les systèmes dopaminergiques.

Dans ces périodes de transition, certaines personnes peuvent observer une intensification des difficultés, voir à un effondrement, liés à une diminution des capacités de compensation et à une augmentation de la charge mentale ou émotionnelle. Cela peut conduire à une impression de déséquilibre plus marqué, parfois révélateur d’un fonctionnement attentionnel jusqu’alors largement compensé.

Dans la vie quotidienne, ce fonctionnement peut générer des incompréhensions :

  • impression de « savoir quoi faire mais ne pas réussir à démarrer »
  • alternance entre surperformance et épuisement
  • difficulté à maintenir des routines
  • surcharge mentale invisible
  • sentiment d’être en décalage avec les attentes externes
  • Incompréhensions de l’entourage qui y voit un manque de volonté et d’écoute

Ces éléments ne relèvent pas d’un manque d’effort, mais bien d’un fonctionnement neurocognitif particulier.

A noter que beaucoup de personnes découvrent leur fonctionnement tardivement, après des années d’adaptations parfois coûteuses en énergie.

Les trois profils cliniques reconnus

Selon les classifications actuelles du TDAH, on distingue trois profils :

Présentation inattentive (30%)

Difficultés principalement liées à l’attention soutenue, à l’organisation et à la mémoire de travail.

Présentation hyperactive-impulsive (9%)

Besoin de mouvement, difficulté à rester en place, impulsivité dans les actions ou la parole.

Présentation combinée (61%)

Association des deux profils précédents.


Sous l’angle des neurosciences

Les études en neuroimagerie et en neuropsychologie montrent des différences fonctionnelles dans plusieurs systèmes cérébraux.

Les principales zones impliquées sont :

  • le cortex préfrontal (planification, inhibition, organisation, prise de décision)
  • le cortex cingulaire antérieur (gestion de l’effort cognitif et de l’attention)
  • les circuits fronto-striataux (contrôle des comportements et régulation attentionnelle)

Les systèmes dopaminergiques et noradrénergiques jouent également un rôle central.

Il ne s’agit pas d’un manque de dopamine, mais d’une dysrégulation des circuits de la motivation et de la récompense, influençant directement :

  • le déclenchement de l’action
  • la capacité à maintenir l’effort
  • la modulation de l’intérêt

Cela explique pourquoi certaines tâches peuvent sembler immédiatement accessibles alors que d’autres paraissent difficiles à initier malgré une intention claire.

Une régulation émotionnelle souvent sous-estimée

Un aspect moins connu concerne la gestion des émotions.

Le système limbique, impliqué dans les réponses émotionnelles, peut être plus réactif. Combiné à une régulation préfrontale moins efficace, cela peut entraîner :

  • des réactions émotionnelles rapides
  • une difficulté à revenir au calme
  • une intensité émotionnelle marquée

Ce point est aujourd’hui reconnu dans plusieurs travaux scientifiques récents sur le TDAH adulte.



Diagnostic : un processus d’évaluation clinique

Le diagnostic repose sur une évaluation approfondie réalisée par un professionnel de santé spécialisé dans le TDAH.

Il s’appuie notamment sur :

  • l’histoire développementale (présence des signes depuis l’enfance avant 12 ans )
  • l’impact fonctionnel dans plusieurs contextes (travail, études, vie quotidienne, relationnel et familial)
  • des questionnaires standardisés
  • l’exclusion d’autres causes possibles (diagnostics différentiels)

Les critères sont définis dans le DSM-5 (Manuel de diagnostic et statistique des troubles mentaux, 5ème édition) , référentiel international de psychiatrie.

Le TDAH peut coexister avec d’autres troubles

Le TDAH est rarement isolé. De nombreuses personnes présentent également une ou plusieurs comorbidités, c’est-à-dire d’autres troubles ou conditions qui coexistent avec le TDAH.

Parmi les plus fréquemment rencontrés figurent :

  • les troubles anxieux ;
  • les troubles de l’humeur, comme la dépression ;
  • les troubles du sommeil ;
  • les troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, etc.) ;
  • les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ;
  • certains troubles liés à l’usage de substances ;
  • Trouble de la personnalité borderline.

Ces associations sont fréquentes et peuvent influencer la manière dont le TDAH s’exprime au quotidien. Elles peuvent également rendre le diagnostic plus complexe, car certains symptômes se chevauchent ou se renforcent mutuellement.

C’est pourquoi une évaluation globale réalisée par un professionnel de santé est essentielle. Elle permet de mieux comprendre l’ensemble du fonctionnement de la personne et d’orienter vers un accompagnement adapté à ses besoins spécifiques.


Cadre scientifique et recommandations

Le TDAH est classé comme un trouble du neurodéveloppement dans les classifications internationales. Cette convergence internationale traduit un consensus scientifique sur l’existence du trouble et sur ses critères diagnostiques.

Les connaissances actuelles s’appuient notamment sur :

  • le DSM-5-TR (American Psychiatric Association)
  • la CIM-11 (Organisation mondiale de la santé)
  • les recommandations de la Haute Autorité de Santé
  • les recommandations (guidelines) de la National Institute for Health and Care Excellence
  • les guides cliniques de la Canadian ADHD Resource Alliance (CADDRA)
  • les travaux de la European ADHD Guidelines Group

Ces organismes convergent sur un point : le TDAH est un trouble neurodéveloppemental réel, avec une base neurobiologique documentée.


Forces associées au fonctionnement TDAH

Lorsque l’environnement est adapté et les stratégies pertinentes, certaines ressources peuvent émerger :

  • pensée associative rapide
  • créativité et originalité
  • capacité d’hyperfocus sur des sujets stimulants
  • grande sensibilité aux environnements et aux personnes
  • énergie importante dans les contextes motivants

Ces caractéristiques ne sont pas systématiques, mais fréquentes dans les profils concernés.


Un accompagnement adapté à chaque personne

Recevoir un diagnostic est une étape importante, mais ce n’est pas une finalité. Il ouvre surtout la possibilité de mieux comprendre son fonctionnement et d’identifier des stratégies adaptées, d’adapter ses comportements et son environnement (structuration, réduction des distractions, segmentation des tâches, hygiène de vie,..)

Les recommandations scientifiques actuelles préconisent une approche multimodale, c’est-à-dire une combinaison de plusieurs formes d’accompagnement, ajustées aux besoins de chaque personne.

Selon les situations, cette approche peut inclure :

  • une psychoéducation pour comprendre le fonctionnement du TDAH
  • un accompagnement médical lorsque celui-ci est indiqué
  • un traitement médicamenteux, prescrit par un médecin lorsque le bénéfice est établi
  • un suivi psychologique ou psychothérapeutique, notamment en cas de comorbidités
  • un accompagnement en coaching spécialisé, centré sur les stratégies concrètes du quotidien (organisation, priorisation, passage à l’action, régulation émotionnelle, adaptation des environnements)
  • des ajustements dans les environnements de vie, personnels ou professionnels

Le coaching ne pose pas de diagnostic et ne se substitue pas à un suivi médical ou psychologique. En revanche, il constitue un complément pertinent pour soutenir la mise en action, renforcer l’autonomie et accompagner la mise en place de stratégies adaptées.

L’objectif n’est pas de « normaliser » la personne, mais de lui permettre de mieux comprendre son fonctionnement et de s’appuyer sur ses ressources.


Comprendre avant de juger

Pendant des années, de nombreuses personnes vivant avec un TDAH ont entendu des phrases comme :

« Tu pourrais faire un effort. »
« Tu es pourtant capable quand tu veux. »
« Tu manques simplement d’organisation. »

Les connaissances actuelles permettent aujourd’hui d’apporter un autre regard.

Comprendre le fonctionnement du cerveau ne consiste pas à tout expliquer par un diagnostic. C’est reconnaître que deux personnes peuvent mobiliser des ressources très différentes pour accomplir une même tâche.

Une meilleur compréhension ouvre de nouvelles possibilités

Le diagnostic n’est pas une fin en soi.

Pour beaucoup, il constitue une clé de lecture qui permet de mieux se comprendre, d’ajuster son environnement et de développer des stratégies plus adaptées.

Mieux comprendre ce fonctionnement transforme progressivement la relation à soi-même et facilite la mise en place d’ajustements concrets au quotidien. Cette lecture plus fine permet également à l’entourage (conjoint, parents, amis, collègues, managers ou pairs) de mieux appréhender les défis rencontrés, et d’ajuster leur regard comme leur communication, pour devenir un appui plus juste et plus soutenant dans le quotidien.


À retenir

Le TDAH n’est pas une question de volonté. C’est une organisation cérébrale différente qui influence la manière de gérer l’attention, l’action et les émotions.

Un fonctionnement cérébral différent ne signifie pas un fonctionnement défaillant. Il implique des besoins spécifiques, des ajustements et une meilleure compréhension de ses propres mécanismes internes.


Sources scientifiques

  • American Psychiatric Association – DSM-5-TR
  • Haute Autorité de Santé – Recommandations sur le TDAH
  • National Institute for Health and Care Excellence – Attention deficit hyperactivity disorder: diagnosis and management
  • European ADHD Guidelines Group – Clinical practice guidelines

Marie Humbert-Burgener

Coach certifiée ICF | Coach spécialisée TDAH Adulte

www.humbert-burgener.coach

L’humain au centre | Essentiellement vous !

Marie Humbert